Programme Santé
Priorité n° 8 : réduire les usages excessifs de l’alcool, du tabac, des médicaments et autres drogues
1er mars 2009
Dans toutes les sociétés, à toutes les époques, l’être humain a testé et consommé des produits, malgré les interdictions ou prohibitions, à la recherche d’un plaisir, un état sensoriel différent, un oubli, un dépassement de ses limites. Certains produits, bien que licites (alcool, médicaments, tabac …) peuvent créer des problèmes, dont une énorme dépendance. Dès lors, la logique doit être de développer des approches centrées davantage sur les individus que sur les produits (tabac, alcool, drogues licites et illicites, tranquillisants …). Toutefois, les phénomènes d’usages excessifs de produits continuent de prendre de l’ampleur et changent de forme. Ainsi, la banalisation de la consommation de cannabis, le recours aux drogues de synthèse ainsi qu’à des produits nouveaux tels que les gaz de briquet et l’apparition de nouvelles pratiques dangereuses comme le "binge drinking", posent particulièrement question et méritent une attention spécifique.
Ecolo entend donc limiter au maximum la consommation excessive de produits psychotropes pour la contenir à un niveau raisonnable.
La prohibition n’est certainement pas la meilleure stratégie pour y parvenir. Pour Ecolo, il importe de développer en même temps trois attitudes indispensables :
- la répression renforcée des trafics, des dealers et du blanchiment d’argent (ce qui relève de la police et de la Justice) ;
- la prévention, dans le cadre d’une approche résolument participative (pour les jeunes surtout, en sollicitant aussi les adultes : parents, professeurs, acteurs de terrain) ;
- la réduction des risques : informer le consommateur sur les risques qu’il fait courir à sa santé du fait de sa consommation, sans moralisme, mais en renouant le lien, en donnant au consommateur les moyens de préserver sa santé. La réduction des risques permet un contact avec l’usager et une orientation vers des services d’aide spécialisés à celles et ceux qui en font la demande ; elle permet aussi une meilleure connaissance des produits qui circulent, une identification et la prise de mesures en cas de découverte de substances mortelles en circulation.
Proposition : Lutter contre le tabagisme
Ecolo souscrit à la déclaration de Montréal sur le tabac et plus particulièrement au fait que « les gouvernements doivent de toute urgence mettre en place un ensemble efficace de mesures, notamment réglementaires et fiscales, soutenu par un financement public permettant de contrôler l’épidémie et ses effets ».
Pour concrétiser cette action, Ecolo propose notamment :
- de poursuivre la mise en oeuvre des recommandations de la convention cadre de l’OMS ;
- d’augmenter les moyens mis à la disposition du fonds public de prévention du tabagisme ;
- de lutter contre le financement de toute initiative de prévention par les cigarettiers [1]. La prévention doit en effet rester du ressort des autorités publiques et doit être particulièrement développée en milieu scolaire, via des programmes de promotion de la santé construits aussi en association par la direction, les professeurs et les élèves ;
- de maintenir l’interdiction de toute publicité et parrainage ;
- de renforcer le contrôle du tabagisme dans les lieux publics pour protéger les nonfumeurs de toute exposition à la fumée ; le soutien à l’arrêt de la consommation doit être favorisé et les aides au sevrage rendues plus accessibles en favorisant les approches globales et multidisciplinaires ;
- de soutenir les médecins généralistes dans le travail d’accompagnement de leurs patients ;
- d’assurer le remboursement des produits d’aide au sevrage (comme certaines mutuelles le font d’ailleurs déjà) ;
- d’améliorer l’accessibilité aux jeunes des structures d’aide au sevrage comme les centres d’aide aux fumeurs ;
- d’offrir une formation en tabacologie aux professionnels de la santé ;
- de rendre le tabac moins accessible en augmentant le prix et en luttant efficacement contre la contrebande.
Proposition : Prévenir les dommages causés par l’alcool, surtout vis-à-vis des jeunes
L’alcoolisation chez les adolescents a fortement augmenté ces dernières années. Nombre d’études épidémiologiques ont ainsi montré l’ampleur croissante et inquiétante du phénomène de « binge drinking » (consommation ponctuelle, mais très élevée, par exemple le week-end) ; d’autres ont mis en évidence les conséquences de l’alcoolisation chez les jeunes à court (comportements à risques, notamment pour la conduite automobile, les relations sexuelles ou les actes violents), moyen (troubles de l’attention, de la mémoire et de la concentration) et long termes (isolement social, dépression et entrée potentielle dans l’alcoolisme chronique).
Si l’alcool est associé chez nous à la fête et à la convivialité, il n’en reste pas moins vrai qu’il faut réfléchir à l’usage qui en est fait par les jeunes :
- en informant ceux-ci des risques d’une consommation excessive, mais aussi en les conscientisant face aux pratiques commerciales des alcooliers ;
- en contrant la survalorisation de l’alcool dans notre société (par exemple, en interdisant le sponsoring d’activités sportives ou culturelles par une marque d’alcool) ;
- en interdisant notamment la commercialisation aux moins de 16 ans des boissons dans lesquelles la présence d’alcool est masquée (alcopop’s et bières « light ») ;
- en clarifiant la législation en matière de vente d’alcool aux mineurs, par exemple en généralisant l’interdiction de la vente d’alcool au moins de 16 ans.
Par ailleurs, des programmes spécifiques d’information et de promotion de la santé doivent êtres développés et s’adresser tant aux jeunes qu’à ceux qui les entourent (parents, enseignants, éducateurs …).
Proposition : Développer une politique cohérente et claire en matière de cannabis
La question de la consommation de cannabis a été abordée par le législateur en 2001, mais les décisions floues prises alors n’ont guère éclairé la situation. Le seul point clair est que la consommation reste interdite aux personnes mineures ; la réalité montre que cela a été mal compris et que l’interdiction est largement outrepassée.
La question de la réglementation de la production et de la distribution doit dès lors rester à l’ordre du jour dans le cadre d’une politique volontaire et responsable de réduction des risques. Réglementer veut dire contrôler et non favoriser.
Dans ce cadre, les pouvoirs publics auraient tout intérêt à prendre en charge l’organisation et le contrôle du commerce du cannabis, comme pour l’alcool et le tabac, pour des raisons de santé publique (il n’y a actuellement aucune possibilité de contrôle de la qualité des produits, ce qui ouvre la porte à de réels dangers face à des produits frelatés) et d’ordre public (les consommateurs doivent se fournir auprès de circuits clandestins et illégaux, ce qui augmente le risque d’accéder à des produits plus dangereux qui leur seront proposés).
Si on constate, après des années d’efforts, une diminution de la consommation globale de tabac suite à des réglementations de plus en plus strictes (interdiction de fumer dans les lieux publics, à l’école, au travail, dans l’horeca …), c’est parce que le tabac est un produit dont la distribution est organisée par la loi. L’Etat ne peut réglementer un produit qui n’existe pas aux yeux de l’Etat !
Proposition : Lutter contre les assuétudes liées à l’héroïne, la cocaïne et leurs dérivés
Comme le recommande le Plan d’action drogue européen, Ecolo souhaite que plusieurs priorités soient rencontrées, et ce, de façon cohérente.
Il s’agit d’abord de réduire l’offre de drogues en renforçant la répression contre la production et le trafic, au niveau national et européen. La demande doit également diminuer, grâce à la sensibilisation et aux actions de prévention (à l’égard des jeunes surtout), mais aussi grâce à l’accompagnement offert aux usagers et aux actions de réduction des risques. A ce propos, Ecolo soutient le développement des traitements de substitution à l’héroïne et des projets pilotes de distribution contrôlée d’héroïne qui pourraient sortir certains consommateurs de la délinquance et améliorer leur état de santé. On ne peut que déplorer les atermoiements de l’Etat fédéral face au lancement de ces projets, alors que les autorités communales sont prêtes à rencontrer ce défi, comme à Liège par exemple.
Une attention particulière doit être portée à l’usage de la cocaïne, qui s’est largement amplifié ces dernières années. Une réflexion concernant un accompagnement et une offre de soins plus adaptés à cet usage et aux risques qu’il comporte doit être entamée, visant à mettre en place des pratiques professionnelles qui s’adressent à ce public spécifique.
Enfin, il est indispensable de coordonner au niveau national et européen la récolte des données relatives aux produits et aux consommations, afin de développer des actions pertinentes tant au plan de la répression qu’au plan de la prévention et de l’accompagnement.
Proposition : Renforcer les services spécialisés
Les propositions précédentes supposent que des services spécialisés, subsidiés par les pouvoirs publics, soient à la disposition du public sur tout le territoire. Or, en Région wallonne, et malgré de nombreuses promesses, le secteur est paralysé par les retards administratifs de traitement des dossiers et d’arrivée des subsides. Il est donc urgent de pérenniser l’action de ces services pour améliorer l’accompagnement des personnes dépendantes et de leurs proches.
Il faut aussi mettre fin à la tendance wallonne d’émiettement des programmes, qui contraint les services à rechercher sans cesse de nouvelles possibilités de financement de programmes avec des partenaires divers. Si le travail en réseau et sur un territoire donné est pertinent, il est préférable qu’il se fasse à l’initiative de ces services spécialisés consolidés.
En Communauté française, ce sont des programmes qui sont soutenus, et non des services. Il faut alors viser à une pluriannualité de ces programmes, afin d’améliorer leur impact sur les publics visés et de ne pas contraindre les services à vivre dans l’angoisse perpétuelle du lendemain.
Proposition : Lutter contres les autres assuétudes, trop banalisées mais également dangereuses pour les individus et la collectivité
Consommer des médicaments pour mieux dormir, pour mieux travailler, pour réaliser de meilleurs scores sportifs, pour améliorer ses « performances » sexuelles … Ces usages se sont largement développés et banalisés, sans que les risques qu’ils font courir soient bien connus : devenir progressivement « accro » aux jeux (à la maison grâce à Internet, en achetant à la librairie des jeux de loterie de l’Etat, en fréquentant des luna parks …) ou encore passer des heures devant l’écran de son PC …
Ces assuétudes, à l’origine de drames familiaux et/ou financiers, relèvent elles aussi du phénomène de la dépendance et demandent des stratégies de lutte coordonnées entre les différents niveaux de pouvoir : prévention, réglementation et accompagnement des personnes désireuses de sortir de leur dépendance.