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Le 1er avril 2019, la sonnerie de mon téléphone m'a tiré du sommeil. C'était un message de Ben Dronkers. En découvrant le texte qui m'annonçait la mort de notre vieil ami Nevil, je me suis levé d'un bond.
Tout en allumant mon joint de la veille, une larme a coulé sur mon visage alors que mes pensées dérivaient vers le passé, me rappelant l'époque où j'avais entendu parler de lui pour la toute première fois dans les pages du magazine High Times.Pour ceux qui ont grandi dans les années 80, les publicités du magazine High Times proposant des graines d'une qualité exceptionnelle en provenance de « The Seed Bank » semblaient trop belles pour être vraies. L'homme derrière cette entreprise est resté un mystère total, jusqu'au 6 novembre 1986. Ce jour-là, il autorisa le rédacteur en chef de High Times à rédiger un portrait sur lui, un événement qui allait changer sa vie à jamais.
Nevil Martin Schoenmakers est né le 2 février 1957 de parents néerlandais à Perth, en Australie-Occidentale. Dès l'adolescence, Nevil et ses amis achètent de grandes quantités d'herbe importée d'Indonésie, un produit qu'il affectionne particulièrement. Il confiera plus tard à High Times : « … Nous étions complètement défoncés. J’aimais vraiment cette sensation de distorsion du temps, le fait que tout semble ralentir. »
Poussé par ses parents à entrer dans la vie active, il décroche un emploi d'assistant de laboratoire dans l'université locale. Ce poste s'avère rapidement être autant un fardeau qu'une bénédiction. Particulièrement doué, Nevil est nommé chef par intérim du laboratoire d'anatomie. Il se retrouve alors responsable du bloc opératoire, de l'animalerie et du bureau. Ses nouvelles fonctions incluent l'administration de médicaments aux animaux. On lui confie le trousseau de clés de la pharmacie ainsi que la responsabilité de passer les commandes pour réapprovisionner les stocks. Ce pouvoir causera sa perte.
Curieux de nature et convaincu que les discours officiels sur le cannabis étaient mensongers, il décide de tester toutes les substances à sa disposition. Il développe alors une forte dépendance à la morphine. Comme souvent en matière de toxicomanie, Nevil finit par perdre son emploi après une arrestation pour possession de drogue. La police ne tarde pas à comprendre d'où provenaient les substances. Contraint de suivre une cure de désintoxication, il est de nouveau arrêté peu de temps après : une jeune fille à qui il avait vendu de la drogue le dénonce comme son fournisseur. Inculpé pour trafic, Nevil est alors profondément accro à l'héroïne. Il intègre un programme de sevrage à la méthadone qu'il juge profondément déshumanisant, affirmant qu'on le forçait à « quémander sa drogue ».
Face à la menace imminente d'une peine de prison en Australie, il fuit le pays pour la Thaïlande. Il passe ses journées enfermé dans des chambres d'hôtel à se piquer, jusqu'à épuiser toutes ses économies. Contraint de déménager dans des pensions plus modestes, il vend ses affaires et s'enfonce dans la précarité. Prenant conscience qu'il est au bout du rouleau, il contacte ses parents en Australie. Ces derniers l'avertissent que la police a déjà perquisitionné la maison familiale, munie d'un mandat d'arrêt.
Plutôt que de rentrer pour faire face à la justice australienne, Nevil choisit de s'envoler pour les Pays-Bas afin de se réfugier chez son oncle.
À son arrivée aux Pays-Bas, il s’inscrit à un programme de traitement à la méthadone et déploie d'immenses efforts pour décrocher, mais cette tentative se solde par un échec. Nevil quitte alors la maison de son oncle pour s'installer à Tilbourg, une ville qui, à l'époque, s'apparentait à un véritable repaire pour les toxicomanes.
L'épidémie d'héroïne fait alors rage et Nevil replonge rapidement. Il se confiera sur cette sombre période lors de son entretien avec Steve Hager en 1986 : « La came se vendait partout, sous le comptoir. C'était une maison de fous. Visiblement, la police ne voulait ou ne pouvait rien y faire. Cela a duré un bon moment. Quand les autorités fermaient un établissement, tout le monde migrait simplement vers un autre bar. C'était une ville particulièrement agitée et j'y ai traversé des moments très durs. Je n'avais pas d'argent en dehors de l'aide sociale, je souffrais d'une addiction violente et je vivais dans une ville réputée pour sa dureté et sa criminalité. Bref, je coûtais une fortune à l'État en enchaînant les cures de désintoxication. »
« Après de multiples rechutes, j'ai fini par comprendre que personne ne pourrait m'aider. Et c'est la vérité : personne ne peut aider un junkie, il ne peut compter que sur lui-même. J'ai donc décidé de décrocher de l'héroïne seul. J'ai convaincu un médecin de me prescrire des somnifères et des opiacés de synthèse, même si cela n'a probablement servi à rien. Je suis resté enfermé chez moi à souffrir pendant six semaines, jusqu'à ce que mon corps soit capable de tolérer l'alcool. J'ai alors commencé à boire quotidiennement : une demi-bouteille de scotch le matin et une entière le soir. Comme je prenais des cachets pour dormir, j'avais la tête dans le brouillard toute la journée. Finalement, fatigué de ces gueules de bois permanentes, je me suis tourné vers l'herbe. J'ai réalisé que c'était sans doute le seul médicament acceptable. »
C'est au cours de ce combat contre ses démons, dans les années 80, que Nevil met la main sur un exemplaire du livre Marijuana Growers Guide de Mel Frank et Ed Rosenthal. Cette lecture ravive immédiatement sa passion pour la culture du cannabis, qu'il avait déjà expérimentée en extérieur lorsqu'il vivait en Australie. Aussi surprenant que cela puisse paraître, le programme social destiné aux toxicomanes proposait des subventions pour aider ces derniers à se réinsérer et à mener des projets utiles. Nevil en profite pour solliciter un prêt afin de construire une installation en intérieur dédiée à la production de graines. Contre toute attente, sa demande est acceptée. Comme il le racontera dans High Times : « Je leur ai dit que je voulais faire pousser de la weed en intérieur. L'idée ne les enchantait pas vraiment, mais ils m'ont donné l'argent. J'ai exploité un terrain vague situé derrière chez moi et je l'ai rempli de plants. J'avais des variétés nigérianes, colombiennes et mexicaines. La mexicaine était la meilleure. J'ai d'ailleurs conservé cette souche, c'est d'elle que viennent mes variétés naines. »
Grâce au soutien financier du gouvernement néerlandais, Nevil se lance dans le commerce de graines, un tournant qui allait transformer à jamais l'univers du cannabis. Cependant, le marché de la « Nederweed » (la weed hollandaise) étant encore très limité à cette époque, il commence à fabriquer de l'huile de cannabis. Pour ce faire, il utilise de l'éther de pétrole, un solvant extrêmement inflammable qui finit par provoquer une terrible explosion. Nevil est gravement brûlé sur tout le corps et perd ses cheveux dans l'incendie. Admis d'urgence à l'hôpital, les médecins lui administrent de la morphine pour calmer sa douleur. Conscient du danger et refusant de redevenir dépendant, il décline courageusement la suite du traitement. Après cette douloureuse expérience, il abandonne définitivement la production d'huile par solvants inflammables pour se consacrer exclusivement à la vente de graines.
En juillet 1984, le tout premier catalogue de « The Holland Seed Bank » voit le jour. Plus qu'un véritable catalogue, il s'agit alors de simples feuilles de papier listant les génétiques disponibles, proposées au prix dérisoire de 0,25 $ la graine. Nevil s'était approvisionné directement auprès des coffee shops, qui importaient du cannabis de divers horizons. Dans cette première édition, il précise honnêtement qu'il ne peut garantir la pureté des variétés, n'étant pas le breeder (le sélectionneur) à l'origine des croisements. L'offre initiale regroupe des souches venues de Jamaïque, de Colombie, d'Indonésie, d'Inde, du Malawi ou encore du Mexique. Nevil ne tarde toutefois pas à constater qu'un grand nombre de ces variétés équatoriales s'adaptent très mal à la culture en intérieur ou au rude climat nordique des Pays-Bas.
Heureusement pour « The Seed Bank » et pour être tout à fait honnête, pour l'ensemble de la scène hollandaise, un Américain nommé David Watson débarque aux Pays-Bas. Dans ses bagages, il apporte des variétés de cannabis d'une valeur inestimable : l’Afghan #1 et la Durban Poison (qu'il tenait de Mel Frank), l’Original Haze (obtenue grâce à ses vieux amis, les célèbres « Haze Brothers » de Santa Cruz), l’Hindu Kush, ainsi qu'une variété de sa propre création, devenue aujourd'hui légendaire : la Skunk #1. Au milieu des années 70, David avait d'ailleurs fondé la toute première banque de graines de cannabis de l'histoire, la « Sacred Seed Company ».
La collection de Nevil change du tout au tout après sa rencontre avec Watson. Ce dernier l'initie à des variétés stables qui vont rapidement devenir ses plus grands succès commerciaux. Au départ, Nevil se contente d'acheter des graines à Watson pour les revendre. Par la suite, il commence à croiser ses propres lignées et à commercialiser la Skunk, l’Afghan et l’Hindu Kush sous son propre nom, une pratique qui deviendra extrêmement courante dans le milieu. C'est également à cette époque que Watson confie à Nevil trois plants mâles de Haze. Ces spécimens vont entrer dans la légende : Nevil s'en servira pour concevoir les hybrides les plus populaires et les plus influents que le monde du cannabis ait jamais connus. En réalité, la majeure partie des variétés génétiques utilisées par Nevil pour ses travaux de sélection provenaient d'Américains.
Dans le catalogue de 1987 de « The Seed Bank », la toute première page met à l'honneur la Skunk #1, stabilisée dans les montagnes de Santa Cruz entre le début et le milieu des années 70. Grâce à sa stabilité, son uniformité, son parfum exceptionnel et la puissance de ses effets, elle s'impose comme le choix incontournable de la plupart des cultivateurs en intérieur. Cette plante a été tellement plébiscitée par les sélectionneurs qu'on retrouve aujourd'hui une part de son héritage génétique dans la quasi-totalité des variétés modernes.
En 1985, un autre cultivateur américain du nom de Greg arrive en Hollande avec une variété baptisée Northern Lights. Greg la vend, l'échange ou la donne à Nevil. Comme il l'a fait pour de nombreuses autres souches venues des États-Unis telles que la Big Bud, la California Orange, l’Early Pearl ou la Haze, Nevil va la propulser sur le devant de la scène et la rendre mondialement célèbre.
On peut voir en Nevil un grand artiste, à l'image d'un Pablo Picasso : ce dernier n'a pas inventé le rouge, le bleu ou le vert, mais c'est sa manière de combiner les couleurs que nous admirons tous. Le travail de sélection et de croisement des plantes relève exactement du même art. Nevil a pris ses variétés de base, la Northern Lights et la Haze, mais il ne s'est pas contenté de les hybrider au hasard en leur donnant un nom. Il a méthodiquement numéroté chaque mâle et chaque femelle, testant rigoureusement chaque combinaison pour identifier les meilleurs résultats. Personne n'avait jamais entendu parler de Northern Lights 1, 2, 3, 4, X, ou de Haze A, B, C. Pourtant, en croisant ces sélections, il a découvert la combinaison parfaite : la Northern Lights #5 x Haze A.
Cette démarche peut sembler simple puisqu'il s'agit de sélection classique, mais malheureusement, la plupart de ses successeurs n'ont pas eu sa rigueur. Ils ne prennent pas le temps de stabiliser et de créer des variétés fantastiques ; ce ne sont que des « secoueurs de pollen » qui se contentent de coller un nom sur un croisement de fortune. C'est en cela que Nevil était un véritable artiste : il consacrait un temps infini au travail de breeding, bien au-delà de la simple production de graines.
Une autre variété figurant dans son catalogue était la Ruderalis, une souche qu'il aurait collectée à l'état sauvage le long de la frontière russo-hongroise. Sa principale caractéristique résidait dans sa floraison précoce. Nevil l'a intégrée dans ses programmes de croisement pour répondre aux besoins des cultivateurs des régions septentrionales. Dans ces climats froids et aux étés courts, des plantes à floraison rapide permettaient d'étendre considérablement les zones de culture réussie. La Ruderalis de Nevil est ainsi devenue l'un des piliers génétiques à l'origine des variétés auto-florissantes si populaires aujourd'hui.
Pour dénicher de nouvelles graines, Nevil n'hésitait pas à voyager dans des pays producteurs comme l'Afghanistan. C'est d'ailleurs une célèbre photo de lui, prise près de la passe de Khyber et imprimée sur le catalogue de 1987, qui causera ses prochains ennuis. On l'y voyait tout sourire, un bloc de cannabis à la main. Ce cliché, d'une grande insouciance, sera récupéré et utilisé à la fois par la DEA américaine et par Interpol pour alimenter son avis de recherche international.
L'Opération Green Merchant
Au cours des années 80, « The Seed Bank » génère des millions de dollars et fournit des dizaines de milliers de cultivateurs en graines de haute qualité à travers le monde. Bien que d'autres compagnies proposent des génétiques similaires, Nevil se distingue. Qu'il s'agisse de courage, de naïveté ou d'un total mépris du danger, son choix de vendre ses graines directement par le biais de publicités dans le magazine américain High Times va provoquer à la fois son incroyable succès et, malheureusement, sa chute brutale.
L'organisation de « The Seed Bank » est particulièrement sophistiquée. Lorsque les clients américains passent commande en Hollande, ils doivent envoyer de l'argent liquide. Pour déjouer les systèmes de détection postale, l'entreprise leur conseille de glisser les billets entre des feuilles de papier carbone. Nevil met également en place un réseau de redistribution aux États-Unis : il expédie de larges stocks de graines en vrac à des complices américains. Ces derniers reçoivent ensuite des instructions codées par courrier, puis par fax, détaillant les variétés, le nombre de paquets et les adresses de livraison finales.
Selon une déclaration sous serment de Raymond Anthony Cogo datée du 26 janvier 1994, les deux hommes entrent en contact au début de l'année 1986 lorsque Cogo appelle Nevil pour obtenir des conseils de culture. Une amitié se noue au fil de l'été, poussant Nevil à l'inviter en Hollande. En janvier 1988, une confiance mutuelle s'est solidement établie. Nevil propose alors à Cogo de devenir le distributeur officiel de « The Seed Bank » pour l'ensemble du territoire américain. Cogo accepte et occupe ce rôle stratégique de février 1988 à juin 1989.
Leur collaboration ne se limite pas aux graines. En 1988, ils concluent un accord pour commercialiser des engrais. Comme Cogo le confiera plus tard à la DEA : « Schoenmakers m'avait promis 10 $ pour chaque commande de graines expédiée. Par la suite, notre arrangement a évolué : il a demandé à Charles Benjamin Frink de me transmettre la formule secrète d'engrais liquide de The Seed Bank, et a accepté de parrainer mon activité lorsque j'ai commencé à la commercialiser aux États-Unis. »
Aussi incroyable que cela puisse paraître, Ray Cogo vend toujours ces formules d'engrais aujourd'hui sur son site internet sous la marque Cogo's Original Cannabis Formula. La section biographique de sa plateforme indique d'ailleurs que Ray Cogo a voyagé en Hollande de 1986 à 1989 pour y recueillir des formules de nutriments auprès de cultivateurs professionnels avant de rentrer les exploiter aux États-Unis.
Toutefois, la visibilité nationale offerte par High Times attire inévitablement l'attention des autorités américaines. Si la DEA comprend que le marché intérieur est inondé, elle ignore au départ l'origine exacte des colis. D'après le témoignage de l'agent spécial Carl Pike, l'enquête officielle contre « The Seed Bank » débute le 7 juin 1987. Ce jour-là, l'agent infiltré Patrick Warner passe une commande test. Le 14 juillet, il reçoit 71 graines par voie postale. Cet achat marque le point de départ d'une longue série de commandes sous couverture destinées à monter un dossier d'accusation solide. Les agents opérant depuis la Louisiane, c'est dans cet État que l'acte d'inculpation de Nevil est finalement déposé.
Le château de cartes commence à s'effondrer en juin 1989, lorsque Ray Cogo est arrêté dans le Michigan pour culture de cannabis et condamné à six mois de prison. À la demande de l'épouse de son associé, Nevil envoie généreusement 30 000 $ pour couvrir les frais d'avocat. À ce stade, la DEA n'a pas encore fait le lien entre Cogo et le réseau de « The Seed Bank », mais un différend commercial va tout faire basculer.
Pendant son incarcération, Cogo découvre que la société chargée de l'embouteillage de son engrais, Superior Growers Inc., a volé sa formule et l'a évincé du projet. Rempli d'amertume et en quête d'une vengeance tordue, il décide de se tourner vers les autorités. Il accepte de collaborer pleinement et livre tous les secrets de ses accords avec Nevil. Les agents fédéraux, qui ignoraient tout du rôle de grossiste de Cogo, découvrent une mine d'or. En plus de décortiquer le fonctionnement de « The Seed Bank », Cogo leur remet un fichier contenant les coordonnées de ses clients américains. Dans sa déposition, il admettra : « Bien que Schoenmakers m'ait ordonné de détruire ces listes, je les ai conservées pour garder une trace de mes activités. »
Le 8 février 1990, sur la base des révélations détaillées de Cogo, un grand jury de Louisiane inculpe officiellement Nevil Martin Schoenmakers et Charles Benjamin Frink. Cogo livre plus de 11 000 adresses à la DEA. Il reste difficile de chiffrer précisément le nombre exact de foyers perquisitionnés à la suite de cette fuite, mais les listes de clients deviennent les premières cibles massives de la tristement célèbre Opération Green Merchant. En parallèle, les polices locales harcèlent les growshops (boutiques de matériel de culture). Disposant déjà des adresses des acheteurs de graines, il suffit aux agents de surveiller les clients, de les suivre jusqu'à ces magasins de jardinage, puis d'accuser les gérants de complicité de production de stupéfiants.
Ce cynisme est alors monnaie courante au plus fort de la « guerre contre la drogue », et la délation s'avère hautement récompensée. Cogo déclarera lui-même avec détachement : « J'ai coopéré avec la DEA dans son enquête sur les activités de Neville Martin Schoenmakers et d'autres. Aucune charge n'a été retenue contre moi en raison des faits relatés ici, même si je reste conscient que mes déclarations sont de nature à m'incriminer. » C'est ainsi que des milliers de vies ont été brisées, simplement parce qu'un homme d'affaires trahi par son usine d'embouteillage cherchait à se venger.
Lancée officiellement le 26 octobre 1989, l'Opération Green Merchant frappe la communauté du cannabis avec une violence inédite. À la fin de l'année 1991, le bilan est lourd : 1 262 personnes sont arrêtées, 977 espaces de culture en intérieur sont démantelés et plus de 17,5 millions de dollars d'actifs sont saisis par l'État.
Le 24 juillet 1990, alors qu'il est en voyage en Australie pour rendre visite à sa famille, Nevil est arrêté par les autorités locales à la demande du gouvernement américain. Bien que la DEA dispose d'un fichier de 11 000 clients, l'acte d'accusation principal reproche formellement à Nevil l'envoi de 1 921 graines à des agents infiltrés et à des cultivateurs de la région de la Nouvelle-Orléans entre 1985 et 1990. On lui impute également la culture de plus de 1 000 plants en le liant, par le biais d'un chef d'inculpation pour complot, aux activités de ses acheteurs américains. Nevil passe alors 11 mois dans une prison australienne en attente de son extradition vers les États-Unis.
Pendant sa détention, son ami Ben Dronkers, propriétaire du célèbre Sensi Smile Coffee Shop intervient pour sauver l'entreprise. Il conclut un accord financier avec Nevil et lui rachète la totalité de ses parts de « The Seed Bank ». Alan Dronkers, le fils de Ben, s'installe alors dans le mythique « Cannabis Castle » afin de poursuivre les travaux de sélection de Nevil. En juin 1991, la justice australienne accorde finalement une libération sous caution à Nevil pour un montant de 100 000 $. Une fois la somme payée, Nevil s'évanouit dans la nature. En moins de six semaines, il parvient à fuir l'Australie et regagne les Pays-Bas. Le gouvernement néerlandais refuse catégoriquement son extradition vers les États-Unis, le commerce de graines n'étant pas un délit sur le sol hollandais.
Désormais à l'abri, la structure est restructurée : « The Seed Bank » fusionne pour devenir la célèbre Sensi Seed Bank, dont le premier catalogue officiel est publié dès l'hiver 1991. La rupture est nette : plus aucune graine n'est expédiée vers les États-Unis. Prévoyant, Ben Dronkers décide de tourner son regard vers l'Est pour conquérir le marché émergent des anciens pays du bloc soviétique. Une intuition de génie qui permettra d'éviter de nouvelles vagues d'inculpations fédérales, d'autant que la DEA avait soigneusement gardé secrète l'identité de son informateur, Ray Cogo, jusqu'au procès...
Souvenirs personnels de Todd McCormickLorsque je me suis rendu à Amsterdam en novembre 1994 pour la Cannabis Cup, en compagnie de Jack Herer et de toute l'équipe de High Times, j'ai eu la chance unique d'assister à la toute première ouverture du « Cannabis Castle » au public une visite en réalité réservée aux proches et aux amis du magazine. C’est lors de cet événement mémorable que Ben Dronkers a rendu hommage à Jack Herer en baptisant une variété en son nom. Nevil était présent lui aussi, visiblement nerveux. Portant une tenue blanche qui lui donnait des airs de fantôme, il est resté en retrait sur le toit pendant la majeure partie des festivités.
Plus tard, en 1996, alors que je m'étais installé là-bas, le partenariat entre Nevil et Sensi Seed Bank a pris fin. Pendant un temps, Nevil a choisi de collaborer avec Arjan et Scotty (alias Shantibaba) du Greenhouse Café, qui venaient de lancer leur propre banque de graines un an plus tôt.
Malheureusement, les guerres d'ego ont rapidement eu raison de cette association. Ce court laps de temps a pourtant suffi à Nevil pour accomplir un coup de génie : il a croisé sa célèbre Northern Lights #5 x Haze avec la Haze (C) pour créer la Nevil's Haze, un hybride tout simplement phénoménal. Il a ensuite combiné cette nouvelle plante avec la Skunk #1, donnant naissance à la légendaire Super Silver Haze, qui allait rafler de nombreuses récompenses.
Au fil des années suivantes, Nevil a fini par retourner en Australie. Il a tenté un bref retour dans cette industrie qu'il avait lui-même contribué à fonder. Cependant, marqué par une vie de dépendance, il menait un double combat contre l'hépatite C et le cancer. Il s'est éteint en mars 2019.
L'héritage que Nevil laisse à la culture du cannabis est colossal, et son influence reste indéniable. La plupart des variétés qui sont passées entre ses mains expertes sont entrées dans la légende. L'ensemble de la communauté cannabique doit un immense respect à cet homme pour avoir préservé et diffusé ces génétiques exceptionnelles pendant tant d'années.
Durant mon séjour à Amsterdam en 1996, j'ai eu l'immense privilège de partager de nombreux moments avec lui, à disputer des parties d'échecs et à écouter ses enseignements. À plusieurs reprises, ma compagne et moi avons été invités au château pour y fumer du haschisch, y passer la nuit et faire le plein d'inspiration. Nevil se montrait d'une ouverture remarquable dès qu'il s'agissait de parler de breeding. Il prenait toujours le temps de transmettre son savoir de manière pédagogique à ceux qui en savaient moins que lui. Il a été pour moi un mentor d'une grande bienveillance, et je n'oublierai jamais ces instants précieux passés à ses côtés.
Longue vie à la légende du Cannabis Castle.

Nevil Martin Schoenmakers
2 Février 1957 – 30 Mars 2019
Todd McCormick
Source: https://growmag.com/growmag_feature/legacy-of-a-legend/
Bonus
La vidéo du cannabis castle ( je pense que c'est bien celle dont parle l'article, Nevil en 'ghost' à 8m45 , présence de Jack Herer et présentation de la JH)
Le mâle Haze C
Les Hazes 5C ( Northern Lights#5 x Haze C) et 5A ( Northern Lights#5 x Haze A) , par contre je sais plus qui est qui:

(source: forum Mrnice pour les 3 photos ci dessus)
https://web.archive.org/web/2024080...0kl1.jpg.3e93bc039e5792af4aef3d6e628a1b9a.jpg
https://web.archive.org/web/2024080...0kl1.jpg.3e93bc039e5792af4aef3d6e628a1b9a.jpg
https://web.archive.org/web/2024080...0kl1.jpg.3e93bc039e5792af4aef3d6e628a1b9a.jpg
Des éléments de l'affaire :
Image en Vrac
Ray 'the snitch' Cogo

Sous sol du Cannabis Castle





(source des 3pdf et photo ci dessus : McCormick@THCfarmer)
https://web.archive.org/web/2024080...ille.jpg.cdff0be5f28d33c08f8d70877d323a7e.jpg
Un extrait (google book, donc pas toute les pages dispo) de "l'international law reports" :
https://web.archive.org/web/2024080...ille.jpg.cdff0be5f28d33c08f8d70877d323a7e.jpg
https://books.google.fr/books?id=uXSgohJ1LLwC&pg=PA184&lpg=PA184&dq="Charles+Benjamin+Frink"+cannabis&source=bl&ots=FGy-vfiaL1&sig=ACfU3U3q5ta4KwN4LSLgfuDA0HsxM4k4og&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwj3s_PMtIDiAhUjsaQKHbmeDqQQ6AEwAHoECAAQAQ#v=onepage&q="Charles Benjamin Frink" cannabis&f=false
Les vieux catalogues de TSB/Sensi Seed:
Yop
Petit export sur le forum avant la fermeture des blogs.
The Seedbank 1985
On commence par The Seedbank, en 1985, petit rappel pour ceux qui l'ignore, c'était la seedbank de Neville.
On y retrouve des classiques, Skunk, Afghanne, mais aussi la northern lights, ainsi que quelques cross à base de landraces (jamaican, nigerian, thai..)
The Seedbank 1987
On continue, toujours avec The Seedbank, 1987 cette fois.
Les pages ne sont pas dans l'ordre, mais bon ça change pas grand chose.
On peut voir arriver la big bud, la hashplant, la early pearl, ainsi que le fameux clone de NL#5, sans...
Petit export sur le forum avant la fermeture des blogs.
The Seedbank 1985
On commence par The Seedbank, en 1985, petit rappel pour ceux qui l'ignore, c'était la seedbank de Neville.
On y retrouve des classiques, Skunk, Afghanne, mais aussi la northern lights, ainsi que quelques cross à base de landraces (jamaican, nigerian, thai..)
The Seedbank 1987
On continue, toujours avec The Seedbank, 1987 cette fois.
Les pages ne sont pas dans l'ordre, mais bon ça change pas grand chose.
On peut voir arriver la big bud, la hashplant, la early pearl, ainsi que le fameux clone de NL#5, sans...
- animalxxx
- Réponses: 7
- Forum: Variétés, graines & génétiques
Fiou, finit
, malgré plusieurs relectures (écriture à l'arrache dans blocnote et relecture sous word^^) , il reste surement des fautes, mais il y a surtout certains passages que j'ai eu du mal à traduire/adapter, hésiter pas à proposer une meilleur traduction
Thx Indi pour le feu vert
Thx Indi pour le feu vert
Bonne lecture.
A+
edit: bon mise en page qu'a un peu sauté, et certains lien down
Edit: j'ai fait un peu de mise en page il reste du nettoyage a faire.
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